HUMEUR : MOI, MES REGLES ET LE DIABLE DE TASMANIE

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Dans la catégorie folle hystérique, il arrive que je dépasse parfois les bornes. Mais ce n’est pas toujours QUE de ma faute. Oui, tous les mois, mes règles débarquent et avec elles, une armada d’hormones et de sentiments confus que j’ai parfois du mal à assumer. Et si les menstruations ne sont plus un sujet tabou, les craquages qui vont avec, eux… Je n’irais pas jusqu’à dire que la fameuse question : “elle a ses règles ou quoi?” ne me fait plus d’effet, mais j’ai décidé d’accepter la part de diable de Tasmanie en moi. L’humeur (sanglante) du mois, c’est par ici.


Dans la vie, il arrive parfois que l’on perde le contrôle. Comme le mois dernier où, sans raison, comme ça, j’ai craqué en plein supermarché. L’objet du délit : un paquet de riz qui s’est gentiment déversé dans mon sac. Conséquence ? Fukushima. Là, au milieu du rayon épicerie fine entre les paquets de pâtes bio et les confitures allégées. “Mais qu’est-ce qu’il t’arrive b**** ?”, ai-je fini par me demander après avoir pleuré toutes les larmes de mon corps. Ce n’est que quelques jours plus tard que j’ai eu ma réponse : mes règles. Oui, ces fameuses menstruations qui transforment chaque mois mon corps en un cocktail d’hormones prêt à exploser. Et si le mythe de la femme hystéro m’agace au plus haut point, je suis bien obligée d’accepter que le diable de Tasmanie fait régulièrement partie de ma vie.

A toutes ces filles du collège que je traitais de chochottes en cours de sport : pardonnez-moi. Plus jeune, mes règles débarquaient sans histoire, mais les années ont fini par me rattraper. La douleur s’est également invitée. J’ai ainsi découvert les fameuses crampes…  Surtout, j’ai appris que chaque femme entretenait finalement son propre rapport aux règles. Chez moi par exemple, s’opère tous les mois un dédoublement de personnalité, réglé comme une horloge. Mon créneau ? 10 jours avant la date fatidique. C’est imparable. Il suffit alors d’un petit couac dans mon quotidien pour que tout prenne des proportions dignes d’un drame dans une telenovela doublée en darija.

Dernier exemple en date ? Un matin, il n’y a pas si longtemps : le ciel trop bleu, le linge sale trop sale, ma crinière qui se croit à Ibiza… Rien, même pas les gazouillis des oiseaux, ne réussit à changer mon humeur. J’en veux à la terre entière, sans raison aucune. Un seul regard assassin a d’ailleurs suffi à bae pour prendre la poudre d’escampette. Mieux valait quitter la zone de guerre avant de marcher sur une mine invisible… Pas plus mal. J’aurais pu lui reprocher n’importe quoi. Comme de pas avoir mis du sucre dans mon café, ou au contraire d’en avoir mis un. Quelqu’un a dit “bipolaire”?

Pourtant, je ne suis pas la seule. De mes best friends à mes sœurs, toutes ont déjà vécu les affres du syndrome prémenstruel. Chacune sa phase, son moment. Car oui, il se trouve que cet étrange phénomène porte désormais une appellation bien médicale : le SPM. Et environ 20 à 50% des femmes en âge de procréer en seraient victimes, selon mon copain bien renseigné Doctissimo. Pire encore, 5% d’entre nous développent une forme grave appelée trouble dysphorique prémenstruel. Je vous passe le détail des multiples facteurs hormonaux qui en résultent (hypoglycémie, fluctuation des taux d’œstrogènes, carence en sérotonine)… Quoi qu’il en soit, découvrir que ce syndrome est avéré scientifiquement me permet aujourd’hui de dire à la planète entière: “non, je ne suis pas folle, vous savez!”.

La bonne nouvelle, c’est que de plus en plus de solutions existent pour mieux vivre son rapport aux règles. On vous a déjà parlé de Madame Olympe ou encore de Lamia Lahlou, cette jeune entrepreneuse marocaine qui a développé sa marque de lingerie périodique. Et qui n’a jamais été tentée d’acheter cette fameuse ceinture chauffante spécial bas ventre  pour règles douloureuses ? Moi. Encore mieux, en Indonésie, au Japon ou même en Zambie, des lois permettent aux femmes de prendre des jours de congés pour cause de règles douloureuses. Des lois plus ou moins appliquées, évidemment. Vous imaginez bien. Difficile d’expliquer à son N+1 les emportements de son vagin, perturbé par le cycle de la vie.

En attendant une éventuelle réforme législative équivalente au Maroc (on peut toujours rêver), mes chères menstrues prennent toujours un malin plaisir à me faire tourner en bourrique. Régulièrement, je me retrouve lessivée, réfugiée au fond de mon lit en compagnie d’un dessert au chocolat, petit lot de consolation dans ce monde de brutes. Surtout, j’ai fini par lâcher prise et accepter ce flot d’hormones qui finit toujours, de toute façon, par me submerger. Moi, l’adepte du “même pas mal”, j’accepte aujourd’hui de pleurer comme une gamine et de faire des crises d’adolescente mal embouchée. Finalement, peut-être que c’est aussi ça, être une femme : ressentir les choses de manière plus intense ? Et bien que le miracle de la vie soit une bénédiction, il comprend aussi sa part de mystère. À force, ce rendez-vous quelque peu pervers est même devenu mon excuse tout prête pour couvrir mes crises de nerf.  Moi, en profiter ? Peut-être un peu. Sans regrets, autant que ça serve à quelque chose.

Mais il y a des limites à ne pas dépasser. Le prochain qui me sort le fameux “elle doit avoir ses règles” subira les foudres de ma colère éternelle sur plusieurs générations. Car oui, le SPM, c’est comme ma famille : il n’y a que moi qui ai le droit d’en parler ou de la critiquer. Vous ne pourrez pas dire que vous n’étiez pas prévenus.

Par Sarah Kroche.

 

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