HUMEUR : LA VIE, MES (DÉS)ILLUSIONS, LA TRENTAINE ET MOI

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Il y a des vérités qu’il faut parfois arriver à accepter. Surtout quand elles vous explosent à la figure. De la trentaine virevoltante à la Carrie Bradshow, je suis passée en quelques années à une version moins glamour de moi-même, façon remake de Tatie Danielle. Au point de me questionner : “quand la vieillesse est-elle entrée dans ma vie?”. L’humeur (défraichie) du mois, c’est par ici. 

C’est arrivé d’un coup. Comme ça, un beau matin devant ma tartine de pain sans sel et mon infusion de fenouil en écoutant une vieille chanson sur ma playlist.  Qui m’a fait dire tout haut cette phrase beaucoup trop old school selon moi : “on ne fait plus de sons comme ça”. C’est là que j’ai réalisé, un peu honteuse, que j’étais passée de l’autre côté du miroir, dans la secte pas si fermée que ça du “c’était mieux avant”. C’est officiel, la trentaine (aigrie) a fini par me rattraper et je dois dire que je suis à un stade très avancé. 

Dans un monde où le #foreveryoung et autres #yolo sont plus que jamais de mise, je me sens de plus en plus à côté de la plaque. Démotivée, blasée, fatiguée, et franchement dépassée. Peut-être est-ce cette satanée période de COVID-19 qui me fait sentir comme une serviette que l’on aurait passé la journée à essorer ? Mais comment je faisais pour enchaîner boulot, sorties et gestion du quotidien ? Il n’y pas si longtemps, 21h semblait une heure aberrante pour rentrer chez moi. Et bien aujourd’hui, je profite à peine de ma petite liberté retrouvée. Rentrer à 23h m’apparait comme le comble du wild and free. Ce qui me fait endosser à la moindre soirée le rôle de la reloue de service qui ne cesse de répéter en boucle à qui veut l’entendre, “je bosse demain, je dois rentrer me coucher !”. Damn it. Si mon ancienne moi était là, elle me renierait sûrement. 


Fort heureusement, j’ai vite réalisé que je n’étais pas seule. Pour certains, ça a commencé par un petit mal de dos insidieux après avoir porté un carton trop lourd. Vous savez, celui qui vous fait tenir le bas du dos comme votre grand-mère en pleine ascension du Toubkal. Et puis, il y a ceux qui ont troqué leur mojito de 19h contre une eau infusée détox piment-citron, ou ceux qui préfèrent allègrement planter leurs potes en soirée pour rester regarder Netflix sur leur canapé. Mais la Palme d’or revient sans équivoque aux nouveaux parents qui ont vu leurs illusions voler en éclat après l’arrivée d’un enfant. Désormais le comble du bonheur se résume à une nuit complète, la possibilité de boire un café chaud en entier le matin ou de prendre une douche sans stresser. Ceux-là ont tout mon respect.


Un sujet fait toutefois l’unanimité : la gueule de bois. Vous savez, celle qui dure trois jours. Vous la connaissez, n’est-ce pas ? TROIS JOURS. Un phénomène qui me pousse désormais à décliner toutes les invitations le samedi soir. 48h avant la reprise du boulot, vous êtes fous ?  Non, non. Le vendredi, tout est permis, mais samedi mamie a besoin de se reposer mes chéris. Car mon agenda lui aussi s’organise maintenant en fonction du temps de récupération de mon corps. Une expo le lundi ? Pas de soucis, je me mets en off les deux soirs qui suivent, histoire de “retrouver des forces”. Et s’il y a quelques années, après une sortie un peu arrosée, je pouvais aller bosser le lendemain matin, galvanisée, aujourd’hui mon teint cireux évoque un musée Grévin des horreurs. Impossible de faire comme si de rien n’était. Bref, le temps où je pouvais enchaîner – oh miséricorde – deux soirées deux jours de suite est révolu. Décidément, rien ne sera jamais plus comme avant.


Les plus optimistes diront peut-être que la trentaine est une nouvelle forme de sagesse. Se recentrer sur soi, la famille, toussa toussa… Mais sorry not sorry, je ne mange pas de ce sonotone-là. Certes, je suis un peu plus raisonnable qu’avant (chiante, qui a dit chiante ?), mais je développe de toute évidence une fâcheuse tendance à me plaindre et à adopter des comportements de “darons ” au quotidien. Prenez par exemple cette petite paire de lunettes que je commence à glisser sur mon bout du nez en fin de journée pour cause de yeux fatigués (oui, même mes yeux commencent à abdiquer). Ou encore ces nouveaux sujets qui me passionnent désormais : à savoir les systèmes de prêts, d’épargnes retraite et autres mutuelles santé. Il y a aussi ces cheveux blancs que je ne cherche même plus à cacher ou ce besoin de faire des listes pour ne pas stresser. Oui même pour préparer ma valise de vacances. Sans oublier les choix vestimentaire de la nouvelle génération Z que je ne peux pas m’empêcher de critiquer. Le point de non-retour ? C’est peut être quand j’ai commencé à acheter cette petite confiture d’orange amère bio dont je me délecte joyeusement au petit déjeuner. Oui, vous avez bien lu, de l’orange amère. À tous les inconditionnels, je suis désolée : c’est un signe qui ne trompe pas, la phase terminale est activée jusque dans votre palais. 

Heureusement, mon salut est arrivé un soir de grosse déprime grâce au regard – offusqué – de ma mère qui m’a vu me défouler sur un pot de Nutella avant de me dire “mais tu as quel âge ?”. Là, je dois avouer que je me suis sentie régresser d’un coup. J’allais lui répondre de manière cinglante quand j’ai pris conscience que de toute façon, rien ne sert de se battre. Finalement dans la vie, on est toujours le vieux de quelqu’un d’autre. 

Par Sarah Kroche.

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